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Wywiad dla francuskiego portalu News Tank Digital

2015-03-24 18:20

 

 

 

 

 

 

 

« 2014, année la plus forte pour la circulation des films européens » (Bogdan Wenta, Parlement européen)

 
     
 

CIN - Paris - vendredi 20 mars 2015 - Interview n° 37204

 
     
 

« 2014 a été l’année la plus forte en termes de circulation des films européens en Europe : 1 500 films européens ont été produits, soit le double des films américains », déclare à News Tank le Polonais Bogdan Brunon Wenta, membre de la commission de la Culture et de l'éducation du Parlement européen, le 19/03/2015.

« En revanche, le nombre de spectateurs pour les films européens est inversement proportionnel. C’est pourquoi la distribution et le marketing sont essentiels pour développer la fréquentation à travers l’Europe », ajoute Bogdan Wenta, rapporteur du rapport sur le cinéma européen à l'ère numérique qui sera présenté et voté par la commission de la Culture et de l'éducation, le 24/03/2015.

Bogdan Brunon Wenta répond aux questions de News Tank.

 
     
 
 

Quel regard portez-vous sur la fréquentation cinématographique dans les salles de cinéma en Europe et sur la production européenne en 2014 ?

     
   

« La bonne santé du cinéma est due à l’augmentation constante du nombre de productions mondiales »

Les salles de cinéma sont l’endroit le plus important pour voir des films et c’est pourquoi je me réjouis de voir que la fréquentation cinématographique a légèrement augmenté en 2014 (+0,6 %). Cette bonne santé du cinéma est due à l’augmentation constante du nombre de productions mondiales.

2014 a été l’année la plus forte en termes de circulation des films européens en Europe : 1 500 films ont été produits, soit le double des films américains. En revanche, le nombre de spectateurs pour les films européens est inversement proportionnel. C’est pourquoi la distribution et le marketing sont essentiels pour développer la fréquentation à travers l’Europe.


Évolution de la fréquentation cinématographique de l’Union européenne de 2005 à 2014

 

Entrées

2005

901 en millions

2006

934 en millions

2007

907 en millions

2008

927 en millions

2009

982 en millions

2010

964 en millions

2011

968 en millions

2012

946 en millions

2013

906 en millions

2014

911 en millions

Sources : Observatoire européen de l’audiovisuel
Accéder à l’indicateur dans le datacenter


Justement, dans votre projet de rapport, vous indiquez qu’il est nécessaire d’améliorer « le développement de la portabilité transfrontalière des services audiovisuels ». Quelles actions préconisez-vous pour cela ?

     

« Permettre aux utilisateurs d’avoir accès à leur plateforme VàD lorsqu’ils se déplacent à l'étranger »

   

L’usage d’Internet est devenu vital pour les consommateurs. Son attractivité repose essentiellement sur les contenus proposés par les industries créatives. Nous devons prendre en compte le fait que les citoyens européens veulent avoir accès à leur musique, leurs films, leurs séries TV, leurs livres, leurs jeux vidéo via une multitude de supports. Il y a eu une croissance extraordinaire des offres légales en ligne. Aujourd’hui, il y a plus de 3 000 services audiovisuels en ligne disponibles pour les consommateurs en Europe. Nous pouvons et nous devons faire plus pour faire en sorte que tous les acteurs impliqués aient un intérêt à promouvoir ces offres.

Il est important d’appréhender la diversité des services proposés par l’industrie et de soutenir toutes les initiatives visant à améliorer la portabilité. Une des solutions est de permettre aux utilisateurs d’avoir accès à leur plateforme VàD lorsqu’ils se déplacent à l'étranger. J’ai hâte de poursuivre ces discussions au Forum du film européen (mis en place en 2014) avec toutes les institutions et les acteurs impliqués.

Vous insistez beaucoup sur l’importance du sous-titrage pour améliorer la distribution des films européens. À quel point sont-ils importants ?

     
   

« N’importe quel film peut être aujourd’hui proposé en plusieurs langues »

Ils sont cruciaux pour distribuer les films européens à l’international sans perdre les dialogues orignaux, comme c’est le cas avec le doublage. La plupart des films distribués en Pologne, hormis ceux dédiés aux enfants, sont exploités en version originale avec les sous-titres. Ils facilitent l’apprentissage de la langue et permettent d’avoir une meilleure compréhension de l'œuvre via l’usage combiné de l’ouïe et de la vue.

Le support numérique a remplacé le support analogique et les coûts de traduction ont chuté. N’importe quel film peut être aujourd’hui proposé en plusieurs langues, ce qui devrait entraîner une croissance signifiante des œuvres audiovisuelles européennes.

Vous préconisez également un meilleur équilibre « des fonds publics destinés à la production et la distribution en vue d’accroître le soutien au développement, à la promotion et à la distribution au niveau mondial ». Pourquoi pensez-vous que le système actuel n’est pas adéquat ?

Actuellement, plus de fonds sont dédiés à la production, et il est primordial de garder en tête le fait que c’est la phase de distribution qui permet au film de commencer à dégager du profit.

     

« Les fonds consacrés au marketing et à la promotion représentent à peine 1 % des coûts de production »

   

En Europe, les fonds consacrés au marketing et à la promotion représentent à peine 1 % des coûts de production, alors que les films américains peuvent avoir un budget marketing qui rivalise avec le budget production. De plus, la majorité des films européens est exclusivement exploitée dans le pays d’origine et est très rarement distribuée dans les autres pays de l’Union européenne. L’argument phare pour renforcer la distribution et la circulation des films européens à l’international n’est pas seulement de dire qu’il y a un gain financier potentiel. Ce renforcement permettrait surtout de mettre en avant les valeurs culturelles véhiculées par les films européens.

     
   

« D’excellents films ont besoin d’une meilleure promotion ainsi qu’une stratégie marketing ciblée »

L’an dernier en Europe, il y a eu environ 1 500 nouveaux films européens, mais combien d’entre eux seront exploités en dehors de l’Union européenne ? Il y a beaucoup d’excellents films qui ont besoin d’une meilleure promotion ainsi que d’une stratégie marketing ciblée. Je vais utiliser l’exemple du film polonais Ida. Pour sa première semaine d’exploitation en France, ce long métrage a attiré plus 110 000 visiteurs, alors qu’il a fallu attendre quatre mois pour avoir le même résultat en Pologne ! Ce n’est qu’après les très bons échos qu’a reçu le film lors de nombreux festivals que le distributeur polonais a décidé de retirer le film de la plateforme VàD sur laquelle il était diffusé et de le ressortir en salle.

Thomas Paris, professeur d’HEC, a émis l’idée de mettre en place une sortie couplée des films dans les salles et en VàD pour améliorer la distribution en Europe. Partagez-vous son avis ?

     

« Plus de flexibilité pour définir et tester de nouvelles stratégies de sortie de films »

   

Je pense que nous avons besoin de plus de flexibilité pour définir et tester de nouvelles stratégies de sortie de films. Cela permettrait également de maximiser l’effort marketing consenti sur les plateformes par les pays. Nous devons toutefois garder à l’esprit que c’est le cinéma qui doit arriver en premier temps dans la chronologie des médias. Rendre les fenêtres d’exploitation plus flexibles pourrait être bénéfique pour certains types de films européens en termes de visibilité et d’audience. Je pense notamment aux films avec un faible budget marketing et promotionnel.

Le cas du Canada est intéressant. Certaines salles de cinéma testent de nouvelles solutions en proposant aux spectateurs d’acheter un « Super Ticket ». Ce dernier comprend une place de cinéma et un téléchargement du film à la maison. C’est une autre approche intéressante vis-à-vis de cette problématique.

Pensez-vous qu’une chronologie des médias unique doit être imposée en Europe ?

Cela serait probablement très difficile de mettre en place un système des fenêtres d’exploitation unique en Europe. Chaque pays a ses propres traditions et ses propres habitudes vis-à-vis du secteur audiovisuel. Les types de financement des films sont différents et, plus important encore, chaque pays a sa propre chronologie des médias. L’un de ces exemples est la France, qui fait partie des leaders sur le cinéma, et même si son système est plutôt structuré, il semble bien fonctionner.

 

     
 

Bogdan Brunon Wenta
Date de naissance : 19/11/1961

 
 
 

Parcours

Depuis

Jusqu'à

 
 

Parlement Européen - Commission Culture et Éducation
Membre (Groupe du Parti populaire européen)

Juillet 2014

Aujourd’hui